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Dossier

Le sexe 3.0

Dossier

Le sexe

3.0

T E X T E : L U L A - I L L U S T R A T I O N : N I C O L A S B A S S E Z

L

a démocratisation d’Internet a marqué le début d’une

révolution culturelle en France, avec des pratiques, un

langage et des codes imprégnés de l’imaginaire américain.

Miroir grossissant de la société, le web offre de nouveaux

outils au quotidien, y compris dans le champ de la sexualité.

Porno, sexe, rencontres : le choix et la performance sont

devenus des valeurs incontournables. Au final, sont-elles

garantes de liberté ?

Acteur de la mondialisation, Internet est

synonyme d’accessibilité. S’il n’a pas inventé le

porno, il l’a démocratisé, reléguant au second

plan les VHS de papa et maman. Simple et

rapide, depuis le milieu des années 2000 et

l’apparition du streaming gratuit, consommer du

porno online est devenu une pratique de masse.

Plus besoin d’affronter

le regard d’un vendeur de sex

shop ou d’un kiosquier, avec son

ordinateur, sa tablette ou son

smartphone, la masturbation

se trouve à portée de main.

« Avant, il y avait un rituel, se déplacer pour

acheter un produit X était déjà exaltant. Internet

est un facilitateur qui nous rend impatients »

constate Ovidie, 34 ans, réalisatrice, auteur

et ex-porn star. Un sondage Ifop le confirme :

le nombre de Français à avoir déjà surfé sur

les tubes est passé de 17% en 2005 à 60% en

2014, près d’un sur quatre en visionnant chaque

semaine (Sondage Ifop -

Les goûts et les usages

des Français en matière de pornographie…

- 16

avril 2014).

Sailor, 29 ans, a vécu ses premiers émois

érotiques avec les BD de ses parents, avant

de découvrir à la fin de l’adolescence, scotché,

des parties de baise animées. Il ne s’en cache

pas, il est accro et peine à résister à ce monde

du tout-visuel et de l’instantanéité : « Depuis

que j’ai accès au porno, c’est très difficile d’être

stimulé sans. C’est plus efficace que de recourir

à son imagination. » Et de continuer, philosophe :

« On tolère de moins en moins la frustration

sexuelle. Or se masturber sans support direct,

c’est l’accepter comme un élément constitutif de

l’excitation. »

Bienvenue dans le

porn game

Habituée au gratuit, la majorité du public se

tourne vers des plateformes de streaming

telles que Youporn, xHamster et Pornhub.

Dans ces supermarchés virtuels, les hashtags

catégorisent les préférences sexuelles. #milf,

#lesbian, #threesome... Le choix semble infini,

et comme sur Google, le moteur de recherche

est notre ami. Pas étonnant que Le Tag Parfait,

webmagazine spécialisé dans la culture porn,

ait vu le jour en 2010. Son créateur, Stephen Des

Aulnois, 31 ans, analyse les comportements de

ses pairs en prenant des pincettes : « Chez les

femmes, on note un goût pour des tags assez

hardcore et intenses comme le #gangbang. On

est du côté du fantasme inaccessible. À l’inverse,

les hommes penchent vers des tags qui se

rapprochent du réel. Et l’anal reste une obsession

commune. Ces tendances évoluent tout le temps

et dépendent aussi de l’âge. »

La popularisation du X va de pair avec sa

dédramatisation. Le temps du catholicisme